Le marché de Juin 2002

nain

Le vendredi 21, nous nous installons ; il y a une petite pluie, en fin de journée la brume s’épaissit. On prévoit dans la cour un barnum pour accueillir les jeux. Iaude, une de nos invîtés, nous téléphone, elle arrivera tard dans la nuit, elle amène son hamac et souhaite dormir dans mon jardin. Je l’en dissuade.

Description des lieux

Les bâtiments,  que nous prête la mairie (ainsi que beaucoup de matériel : tables, bancs, chaises, vaisselle...), font partie d’une ancienne école. Nous disposons de salles sur deux niveaux, l’un donne sur la place de l’église, l’autre - « rue des Courtils » - est accessible par une ruelle qui descend et donne sur une cour jardin.

Le marché ouvre le samedi à 10h 30, il fait beau sans excès ; comme l’année dernière nous ne sommes pas tout à fait prêts. Les premiers visiteurs arrivent, nous leur suggérons de revenir un peu plus tard... Notre petite organisation se met en route : on a retrouvé les proportions du thé à la menthe, on s’est mis plus ou moins d’accord sur le prix des allumettes, on a téléphoné à une de nos sympathisantes (madame Reboul) qui veut bien apporter des fraises et des bouquets.

Dans la cour-jardin, il y a les jeux (mis en place par Eric et Jérémie) :

• Un parcours d’adresse avec un klaxon quand on s’y prend mal.
• Un casse-boîtes aux effigies des représentants de l’extrême-droite en Europe.
• Une grenouille qui avale les palets qu’on lui lance.

Les gagnants ont le choix entre un souci ou une sucette.

Un peu plus loin on peut se faire prendre en photo pour un euro en passant sa tête dans le paysage avec cochon fabriqué par Antoine Le Bihan.

Iaude campe à proximité sous un parasol ; elle a apporté des objets qui lui sont chers, des textes, offre du café et du thé et propose aux visiteurs de leur raconter des histoires à partir de ce qu’ils ont sous les yeux.

Près de la caféteria, la cabane du Père Noël;  le Père Noël  a annoncé sa visite mais pour quand ?- personne ne le sait exactement.

Entrons…

Si l’on entre par la porte de la caféteria, on ne résiste pas aux délicieux gâteaux confectionnés par les meilleures cuisinières du carnet d’adresses d’Arts-Pont (gâteau breton de Jeannette, gâteaux au chocolat de Zabeth du « Safran », de Chantal et de Marianne, gâteau aux griottes et gâteau basque de Mireille...).

Dans la cafeteria, Chantal a installé son coin  « échange de souvenirs » :  bibelots,  images rapportés d’un  bord de  mer ou d’un séjour touristique  et ressortis du grenier ou de la brocante. Quelle valeur leur accorder ? Combien ça coûte ? Disposés sur des étagères ils attendrissent et ne demandent qu’à appartenir à tout le monde ; ils sont proposés à l’échange.

Donnant sur le jardin aussi les deux autres salles du bas.

En entrant, on tombe à droite sur un petit meuble plein de boîtes d’allumettes d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs,  et dont l’équipe d’Arts-Pont a eu beaucoup de mal à décider s’il fallait les vendre ou les donner au visiteur... Le weekend passera sans qu’on arrive à trancher…

De l’autre côté, la loterie du Millefeuille : Anne a disposé sur une table des bulletins portant chacun la définition d’un métier commerçant (épicier, charcutier, quincailler..) retravaillé à partir du dictionnaire. On choisit son bulletin et on le dépose dans l’urne pour le tirage du dimanche, le prix consiste en un superbe Millefeuille.

Au fond de la pièce, Steven Pennaneac’h montre deux peintures de paysage et des images, dignes d’un film de David Lynch, retravaillées à l’ordinateur  à partir de photographies de vitrines vides du Pont-Croix d’aujourd’hui.

Autour d’une cloche à fromage de chez Mimi Donnart, Erwann Le Bris du Rest a installé son allégorie de la lutte entre la grosse distribution et la boutique du coin  qui se partagent inéquitablement un camembert dont l’étiquette est la photographie de la petite épicerie reconstituée au musée du « Marquisat ».

On passe ensuite devant les peintures de Yannig Gueguen, scènes de bistrot, autoportrait, et une série de dessins sur le thème des courses au magasin du coin.
Dans l’angle de la pièce une télévision diffuse en boucle « The shop around the corner » de Lubitsch.

Avant de monter à l’étage suivant : une image  et un texte de Richard Dumas sur la difficulté de définir un coin en termes de mise en scène phtographique.

Catherine Gould présente sur une table, très « asiatique », ses dernières expériementations en poterie.

Clarisse est venue avec ses fraises et ses images de fraises : le monde de la cueillette et de l’empaquetage retravaillé en barquettes d’images, en peinture et photocopies colorées.

A l’étage supérieur se trouvent la librairie éphémère et le coin de la poste.

La librairie éphémère a mis à contribution les amis d’Arts-Pont  éditeurs ou auteurs de livres.
Quatre-vingt titres  à peu près- poésie, littérature, histoire de l’art, livres d’artistes...-qui ne pourraient jamais se retrouver ensemble dans une librairie soumise au rythme  de la production intensive. A leurs côté le coin des petites publications d’Art-Pont à quoi s’ajoutait pour la circonstance deux nouveaux titres : Regarder la mer (brochure collective regroupant articles et images sur ce thème) ; De bleus en bleu, recueil de poèmes d’Yvelyne Méhat.

Le coin de la poste proposait trois présentoirs de cartes postales - cartes ramenées des quatre coin du monde par Gérard, cartes réalisées par deux jeunes artistes David Yven et Matthieu Boudeville. Des timbres, une boîte à lettres, une flamme au nom du marché de juin, permettaient au visiteur de rédiger et d’envoyer sur place sa correspondance.

Dans le même espace se trouvaient - au sol le coin pommes de terre de Martine Thomas-Bourgneuf : la pomme de terre, marchandise de base de notre vie alimentaire bretonne entourant une pile de numéros de la revue Esprit consacrée à la question de savoir s’il existe encore aujourd’hui des échanges non marchands.

Au mur, une  immense  photographie d’Emmanuel Pierrot, tirée sur bâche, montrant l’arrière d’un camion  prêt à déverser en vrac  son stock d’ordinateurs, imprimantes et matériel informatique.

Le reste de la salle était réservé, le samedi  après-midi à la conférence d’André Pochon venu parler avec brio de sa conception d’une « agriculture durable » , critiquant et démontrant l’absurdité de l’hégémonie du maïs et des porcheries industrielles, à quoi il oppose un respect du travail de la terre  adapté aux conditions  d’aujourd’hui. Les auditeurs étaient nombreux.

Le dimanche cette partie des lieux était occupée par les représentants de diverses associations venues à la rencontre des visiteurs: Commerce équitable, Attac, Ligue de protection des oiseaux,  Bretagne vivante, Association des agriculteurs bio du Finistère, SEPNB... Les représentants des associations nous ont confié que notre manifestation avait un caractère un peu inhabituel pour eux mais la plupart étaient contents de cette différence et ont dit avoir eu avec le public des échanges intéressants.

Le marché s’est déroulé sous le soleil et la bonne humeur. Sans draîner des foules, il a vu venir et revenir beaucoup de gens de la région, de Quimper et d’un peu plus loin, désireux d’échanges non marchands ou pas seulement marchands. Le père Noël est arrivé le dimanche en fin d’après-midi, la main innocente du petit Abel Pennaneac’h, 11 mois , a tiré au sort le gagnant du Millefeuille : lui-même ; les pontécruciens de vieille souche n’ont pas manqué de rappeler que l’arrière grand-père du petit Abel faisait les meilleurs gâteaux de toute la région...

Lundi matin, le marché est démonté. Il reste des fleurs, des boîtes d'allumettes et des patates. Que nous partageons avec d'autres (Zabeth, Armelle) sans gabegie sous pretexte que c'est gratuit. L'esprit de notre marché tient jusqu'au bout. Dans un compte rendu d'Ouest France, il est écrit que le marché de juin était surtout fait pour se rencontrer.

Certains, recroisés ensuite au marché (celui où on va acheter à manger) ou au supermarché, ont trouvé que ce que nous montrions était dur à comprendre, ou aurait mérité un guide, une « meilleure lisibilité »,  nous ont expliqué qu’il faudrait avoir plus de stands si nous voulions faire rentrer de l’argent…  Il n’y aura pas de guide non plus l’année prochaine ; quant à l’argent, nous allons nous empresser de dépenser celui que nous ont fait gagner, les jeux, les gâteaux, les cartes postales, les livres, et ce qui nous reste de la subvention du Conseil Général pour organiser la projection du dernier film de Nicolas Philibert  (autour d’une école en millieu villageois) que nous avions prévu sur la place de l’église cet été.

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Petit complément concernant la librairie :

La librairie comprenait des livres de Jean-Philippe Antoine, Danielle Auby, Jérôme Baschet, Jean-Claude Bonne,  Olivier Cadiot, Emmanuel Camusat, Yvonne Cazal,  Michel de Smet, Georges Didi Huberman, Capucine Latrasse, Matthieu Lindon, Clarisse Maydat,  Manuela Morgaine, Michel Pastoureau, André Pochon, David Yven. Etaient aussi  représentées les éditions Inventaire-invention, Centre d’art imprimé et Macula.

Tant dans le domaine de la littérature que dans celui des arts plastiques, elle a fait apparaître de véritables lecteurs qui connaissaient souvent déjà les auteurs représentés et se montraient contents de pouvoir en discuter ou de trouver d’eux des livres qu’ils ne connaissaient pas. Quant aux auteurs moins connus, il y avait toute place pour découvrir leurs livres, et les visiteurs l’ont fait avec une grande curiosité. Ces deux jours autour des livres ont été un moment d’échanges réjouissants qui donne envie - mais sous quelle forme exactement ? - de poursuivre l’expérience ...