PONT-CROIX VOUS APPARTIENT

26-27 juin 2004

oiseau

Conformément à la tradition, voici le compte-rendu de la dernière manifestation de l’association « Arts-Pont ».

Celle-ci se tenait dans ses locaux habituels - les deux niveaux de bâtiments municipaux et leur jardin, près de l’église de Pont-Croix, les samedi et dimanche après-midis 26 et 27 juin.

Elle avait pour titre « Pont-Croix vous appartient », l’idée étant cette année d’éclairer notre village sous des angles différents de ceux sous lesquels il est le plus souvent célébré : ses vieilles pierres, son charme rural, ses allures à l’ancienne.

On pouvait voir dans les salles du bas :

QUEL EST VOTRE POÈTE PRÉFÉRÉ ?

Une vidéo rendant compte d’une enquête menée dans les rues et devant le supermarché de Pont-Croix.
Il s’agissait de substituer momentanément la poésie aux questionnaires habituels testant les bienfaits des produits, d’observer ce que provoque l’évocation de la poésie là où on ne s’y attend pas - tout simplement de mettre  un peu de poésie dans l’air.
La première séance de l’enquête avait comblé ses inspecteurs: la première personne interrogée, une petite fille d’une dizaine d’années récitait un poème de Tardieu, puis venaient des gens très concernés par la poésie évoquant Bonnefoy, Ponge,  des poèmes  en entier : « Le Laboureur et ses  enfants », « La mort du loup »… Mais l’équipe avait oublié de brancher le micro. Les séances ultérieures donnèrent lieu à des réponses plus répétitives, où revenaient, avec l’idée qui associe la poésie à l’école, les noms de La Fontaine, Hugo, Prévert, talonnés par les références hors école répétitives aussi : Barbara, Gilbert Bécaud, Jacques Brel, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Apollinaire étaient tout de même au rendez-vous donnant lieu à quelques déclamations charmantes - et aussi Ronsard, Hérédia, Walser...

Ce portrait de Pont-Croix à travers les poètes qu’on y évoque durait une trentaine de minutes, il était présenté en compagnie d’une bibliothèque de poésie et de photocopies de poèmes à emporter, choisis par quelques membres d'Arts-Pont...

UNE JOURNÉE À L’OPÉRA

Plus discrète, plus subtile aussi, était la courte vidéo présentée par Alice Anderson - « Une journée à l’Opéra ». Alice Anderson avait participé au petit festival international de vidéo de Pont-Croix il y a trois ans. Elle était venue comme partout où elle se rend munie sa caméra DV. C’est à partir de quelques images prises lors de ce séjour qu’elle  a renvoyé cette vision de Pont-Croix où une poupée rousse en tissu voisine avec un immense pignon de maison, où un air de Lakmé accompagne les rayons de soleil traversant les branchages qui crépitent ensuite de tout leur feuillage en un bouquet d’applaudissements.
Il fallait une autre forme de disponibilité pour ce film court : adultes, enfants, pouvaient s’asseoir dans un canapé et se laissaient emporter par les sons et les images, revenant parfois à plusieurs reprises partager ce moment délicat et mystérieux.

 AU RENDEZ-MOI

Deux courts films relatant en deux versions - l’une avec voix off, l’autre imitant les films muets des débuts du cinéma- un fait divers haut en couleur retrouvé dans un exemplaire du Télégramme d’il y a trente ans.
Le plaisir évident qu’avait pris le chroniqueur à mettre en scène cette histoire de gendarmes et voleurs a été le point de départ du film : petits voleurs chez les commerçants des environs qui, terminant leur journée dans un chambre d’hôtel du village, se font arrêter au lever du soleil par douze gendarmes locaux fiers de leur prise... Le film a été tourné en un jour avec les acteurs locaux et les décors offerts par le Pont-Croix d’aujourd’hui.
Le résultat fait rire, et peut donner envie de  mettre en scène sur le même mode d’autres “grands événements” de l’histoire de Pont-Croix...

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Petites Publications d’Arts-Pont

Au stand des petites publications deux nouvelles productions étaient présentées :
• 6 histoires de doudous,( Gérard Lefort,  Benoît Andro), mettant en scène les tribulations d’un doudou perdu cherchant à s’échapper de Pont-Croix par diverses tentatives qui lui font visiter quelques lieux connus du village...

• Pont-Croix vous appartient : Sur le mode du dépliant touristique, Alain Le Bot avait mis en page une vingtaine de photographies de lieux choisis dans Pont-Croix en compagnie de l’équipe d’Arts-Pont - petits parterres de fleurs, fenêtres sur, pierres tombales, ou pissenlits. Il s’agissait de dégager une beauté du lieu légèrement décalée par rapport à celle que proposent les guides et néanmoins digne d’intérêt à nos yeux.

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PHOTOGRAPHIE

Les murs des pièces du bas étaient aussi occupés par trois séries de photographies.

Hervé Le Nost continuait sa série des « fenêtres sur ». Au fil de ses déplacements, des villes ou des villages donnent lieu à des photographies recadrées chacune par la fenêtre d’une enveloppe, et voisinant avec un motif ornemental, un signe, un mot emprunté au répertoire de l’artiste.

Steven Pennannéac’h présentait une série de photographies en noir et blanc travaillées, dans un esprit pictorialiste ; le spectateur familier de Pont-Croix y rencontrait les lieux connus sous un jour étrange: les images étaient inversées: ce qui aurait dû se trouver à gauche était placé à droite...

• A la cafeteria, remplie de bons gâteaux et prisée pour son thé à la menthe, outre la  collection d’objets souvenirs de Chantal Le Sauze installée le dimanche en citation de la présentation qui en avait déjà été faite dans « Le marché de juin », il y a deux ans, figuraient une série de photographies noir et blanc de Philippe Richard  pour la plupart issues d’évéments publics ayant eu lieu à Pont-Croix ces dernières années, mêlées à des images de lieux  qui s’ils ne sont parfois connus que de quelques uns, font eux-aussi partis, par les récits auquel ils ont donné lieu, de l’histoire du village...

Deux peintures de Benoît Andro coloraient l’ensemble visuel qui vient d’être décrits, deux personnages issus du même monde que celui du doudou illustré au-dessus des petites publications, une scène de cafétéria à la cafétéria.

Aussitôt entré le spectateur attentif pouvait aussi poser les y  eux sur l’image « off » de la manifestation.  Richard Dumas avait choisi d’envoyer un portrait du très photogénique cinéaste et écrivain Christophe Honoré. La photographie prise dans un miroir altéré renvoyait l’image maculée du beau jeune homme. Libération avait cru bon de faire disparaître les taches en reproduisant la photographie, elles reparaissaient à Pont-Croix accompagnées d’un commentaire de Gérard Lefort sur cette affaire à la Dorian Gray.

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Les réjouissances se poursuivaient au premier étage avec la vaste installation de publications et multiples d’artistes apportés par Philippe Zunino qui a pour habitude de faire circuler lors de manifestations publiques son Stock Zero. Les spectateurs pouvaient manipuler, examiner, emporter ou acheter  les publications. Philippe Zunino commentait, expliquait, présentait les artistes de son stand, et faisait aussi écouter quelques une de ses pièces sonores oscillant entre le burlesque et le politiquement offensif.

Le samedi à 18 heures était présenté en vidéo projection le film de Paola Salerno Tavola preparata con gusto. L’artiste y suit la campagne pour les verts de sa soeur dans les villages et petites villes de Calabre. Il nous semblait y  avoir une parenté entre ce bout du monde et le nôtre, entre  des manières non spectaculaires, perdues d’avance aux yeux de certains, de défendre envers et contre tout auprès du petit nombre les causes auxquelles on tient. 

C’est aussi au premier étage qu’a eu lieu le dimanche le débat en présence d’André Markowicz et de Françoise Morvan autour du livre de cette dernière Le monde comme si, culture  et dérive identitaire en Bretagne. On craignait une rencontre houleuse étant donné le  s situations agressives à quoi avaient déjà donné lieu le débat autour du livre qui anayse en détail et sur un mode éminemment critique la position des tenants actuels de la langue et de ladite culture bretonne. Tout s’est en fait déroulé dans le calme, spectateurs attentifs, critiques constructives.

Peu porté sur la publicité, frappé d’une certaine faiblesse en matière de communication, Arts-Pont n’a sans doute pas attiré toutes les personnes qui auraient été susceptibles dans une proximité géographique d’apprécier la manifestation. Le public, souvent constitué de gens ayant déjà été mêlés aux premières manifestations d’Art-Pont était attentif, curieux ; la discussion facilitée par la cafeteria et le temps passé sur place   par les visiteurs qui pour certains sont revenus plusieurs fois au fil des deux jours.

Certains ont critiqué le caractère autocentré du groupe peu favorable à l’intégration de gens qui le fréquentaient pour la première fois... Nous tâcherons de remédier à ce défaut lors d’une prochaine rencontre qui devrait poursuivre sur ce thème de « Pont-Croix vous appartient » en faisant place aux prolongations que la première manifestation aura pu suggérer à certains et à de nouvelles initiatives. Une première piste de reflexion concerne peut être l'intitulé même de la manifestation  "Pont Croix vous appartient" . Irions- nous les uns et les autres à une manifestation intitulée Douarnenez ou Quimper ou Pétaouchnock vous appartient? La donation implicite dans l'intitulé n'aurait-elle pas un effet paradoxalement intimidant, suggérant en effet  un cercle, un « entre-nous » peu ouvert ?

  En tous cas,  cette question et bien d'autres sont en chantier et si ce compte-rendu vous donne des idées...