(Ouest-France du 4 juillet 2007)
Le Bocage Vendéen compte moitié moins de chômeurs que le reste de la France. Une réussite économique qui passe aussi par de bas salaires. Des salariés disent leurs difficultés à vivre de leur travail.
Éloigné des stations balnéaires de Saint-Jean-de-Monts et des Sables-d'Olonne, le Bocage Vendéen regroupe une multitude de petites usines à la campagne et aussi quelques grosses sociétés. Un dynamisme économique souvent qualifié de miracle. Mais il va parfois de pair avec des bas salaires et des conditions de travail difficiles. Des salariés en parlent.
«Sans attache en Vendée, nous sommes arrivés de Paris il y a cinq ans dans le Bocage. Ex-cadres supérieurs, nous avons créé notre société. Nous avons tout de suite constaté qu'i1 y avait une offre de travail conséquente. Nous avons été impressionnés par le nombre d'agences d'intérim. Au fil des années, nous avons découvert une économie très particulière. Nous sommes consternés par le niveau des salaires. Le pouvoir d'achat des employés est très limité. Et puis, il y a ces jeunes et ces femmes qui travaillent en intérim dans de grandes entreprises, avec des périodes de chômage. Un chômage qui ne dérange personne, puisque l'on peut retrouver du travail sans problème.»
«Moi, je travaille dans une entreprise agroalimentaire. À la moindre erreur, les avertissements pleuvent. Du coup, on a peur de perdre notre emploi. Pourtant, impossible de faire grève. Moi, je serais prêt à en organiser une. Mais personne ou presque ne suivrait, par peur de représailles. Les équipes ne sont pas assez soudées pour se défendre. Certains n'hésitent pas à dénoncer les autres auprès de la hiérarchie. Il faut dire que nous ne sommes pas assez informés sur nos droits. Nous ne nous prenons pas assez en main. Quand je pense qu'avant, tout le monde rêvait de venir travailler ici! Maintenant, les entreprises manquent de main-d'œuvre. C'est compréhensible : on vient au tràvail, la peur au ventre. »
«Je vis au jour le jour. Dans mon industrie, on tourne en deux huit. Lorsque le carnet de commandes de l'entreprise est plein, on nous demande de terminer plus tard. Mais on ne l'apprend que l'après~midi même pour le soir. Il arrive que l'on soit marron pour aller chercher nos enfants... Nos horaires changent tout le temps. Ma vie de famille en prend un sacré coup. Mon fils, parfois, je ne le vois qu'un quart d'heure dans la semaine. Il commence à s'en plaindre. Alors, je prends sur moi et sur mon rythme de sommeil. Ça me rend nerveux et il arrive qu'il y ait des coups de grisou à la maison... Ce qui me sauve, c'est le sport. Sinon, je serais en dépression depuis long•temps. »
«J'ai été licenciée d'une entreprise agroalimentaire. Je n'ai pas compris ce qui m'arrivait: mon responsable m'a demandé de le rejoindre dans son bureau. Là, il m'annonce que l'on n'a plus besoin de moi. Je demande des explications. On me répond que je ne saurai ce que l'on me reproche qu'à l'entretien préalable
au licenciement. Ce jour-là, j'ai embauché en sifflant et j'ai débauché en pleurant. Du coup, j'ai été licenciée pour insuffisance professionnelle, alors que quelques mois auparavant, on m'a fait des fleurs en me disant que j'avais des capacités pour évoluer! En fait, j'ai été victime d'un petit chef. Depuis, ça continue: d'anciens collègues ont subi le même sort que moi. Ils m'appellent pour que je les aide. Maintenant, j'ai créé mon affaire: plus de chef, plus de hiérarchie... C'est que du bonheur, mais au prix de bien des souffrances! »
Nicolas YQUEL.